Le comité a approuvé les justes valeurs jeudi. Le lundi suivant, un analyste constate que la dette nette d'une participation reprenait le bilan de l'année précédente. Le fichier est ouvert, la cellule est à portée de main, la correction prend dix secondes. C'est précisément à cet instant que la piste d'audit se joue : si le chiffre est écrasé, plus personne ne peut dire ce que le comité a réellement vu.
La question n'est pas de savoir s'il faut corriger. Il le faut. La question est de savoir ce que la correction laisse derrière elle.
Deux chiffres, une seule histoire
Une valorisation approuvée devient un document de décision. Elle a été présentée à des personnes, sur une date, avec des hypothèses précises. Une correction produit un second chiffre, et les deux appartiennent à l'historique du dossier : le premier est celui sur lequel le comité s'est prononcé, le second est celui que le valorisateur juge désormais exact.
Écraser le premier par le second ne supprime pas l'erreur, cela supprime la preuve qu'elle a existé et la preuve qu'elle a été traitée. Pour un auditeur, la différence est nette : un écart documenté est une anomalie corrigée, un écart invisible est une question de contrôle interne.
Ce qui doit rester consultable
Après une correction, un tiers qui rouvre le dossier doit pouvoir reconstituer cinq éléments sans demander à personne :
- le chiffre présenté au comité, tel qu'il a été présenté ;
- le chiffre corrigé et la date de la correction ;
- l'auteur de la modification et celui qui l'a validée ;
- la nature de l'écart : erreur de saisie, donnée tardive, changement de méthode ;
- la décision du comité sur cet écart, ou l'absence de décision si l'impact est jugé non significatif.
Les lignes directrices IPEV insistent sur la capacité à justifier une juste valeur, et le backtesting (§2.7) suppose de savoir ce qui était connu ou connaissable à chaque date d'évaluation. Une valorisation réécrite en place rend cet exercice impossible : on compare un prix de sortie à un chiffre qui n'a jamais été le chiffre retenu à la date.
Prenons un exemple chiffré
Exemple fictif, avec des nombres ronds et sans décote d'illiquidité pour isoler l'effet. Participation détenue à 35,0 %, EBITDA retenu de 4,00 M€, multiple de 8,00×.
| Présenté au comité | Après correction | |
|---|---|---|
| Valeur d'entreprise | 32,00 M€ | 32,00 M€ |
| Dette nette | 9,00 M€ | 11,00 M€ |
| Equity à 100 % | 23,00 M€ | 21,00 M€ |
| Juste valeur de la participation | 8,05 M€ | 7,35 M€ |
L'erreur de 2,00 M€ sur la dette nette pèse (0,70 M€) sur la participation, soit une baisse de 8,7 % : la dette se déduit à 100 % de l'equity, la quote-part s'applique ensuite. Selon la politique du fonds, cet écart peut être jugé significatif ou non. Ce seuil doit être écrit avant l'erreur, pas après. Dans les deux cas, les deux colonnes de ce tableau doivent exister dans le dossier.
Un seuil de matérialité écrit à l'avance
Toute correction ne justifie pas de reconvoquer le comité. Une politique défendable distingue au moins deux régimes :
- Sous le seuil : la correction est versionnée, attribuée et portée à la connaissance du comité au prochain point, sans nouvelle approbation.
- Au-dessus du seuil : le chiffre corrigé repasse en approbation, et la valeur publiée dans les reportings est celle de la version approuvée.
Le seuil peut s'exprimer en pourcentage de la juste valeur de la ligne, en montant au niveau du fonds, ou les deux. L'important est qu'il précède le cas concret : un seuil fixé après avoir vu l'écart ressemble à un arbitrage, pas à une règle. Le règlement délégué AIFM 231/2013 attend des procédures de valorisation documentées ; la gestion des corrections en fait partie.
Ce que cela suppose côté outil
Un tableur peut respecter cette discipline, au prix d'une rigueur de tous les instants : copie datée avant chaque modification, journal tenu à la main, droits d'écriture limités. Dès que plusieurs analystes interviennent, le dispositif repose sur la mémoire de chacun.
Dans Jolv, la campagne de valorisation fige la date, les agrégats, les multiples et les justes valeurs approuvées (Freeze & Lock). Après gel, une modification crée une version datée et attribuable au lieu d'écraser l'existant, et le chiffre présenté au comité reste consultable tel qu'il a été présenté. Le jugement sur la matérialité reste celui du valorisateur et du comité. Le périmètre exact des conventions est détaillé dans la FAQ IPEV 2025, et les méthodes concernées sur la page méthodes de valorisation.
Figer la valeur approuvée est aussi ce qui rend un processus de valorisation en continu digne de confiance : sans cela, rien ne distingue la valeur signée de la valeur qui a continué à bouger.